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  • Photo du rédacteurLaurent Bailly-Barthez

Retour sur la Fresque Géante du Climat

Géante, ta Fresque ! Fresquons pour le Jour de la Terre, mais fresquons surtout … Ensemble .



Samedi 22 Avril 2023, j’ai eu la chance de faire partie de la cohorte des animateurs rassemblés pour la Fresque Géante du Climat, organisée à Toulouse à l’occasion du Jour de la Terre, dans ce superbe lieu qu’est La Cité.

J’ai ainsi pu contribuer à ajouter quelques 700 fresqués supplémentaires au Million de participants enregistré depuis 2018 et la création de l’outil par Cédric Ringenbach. Ce joli cap (qui montre néanmoins le chemin restant à parcourir pour qu’une part significative de français partage des bases communes de compréhension du climat ...) a été franchi le 5 avril dernier par l’association qui veille aux destinées de la Fresque du climat et assure la formation régulière de nouveaux animateurs (les Fresqueurs) permettant de démultiplier l’action … dont votre serviteur !

Cette expérience était pour moi une vraie première : en effet j’ai choisi d’exprimer mon engagement pour le climat dans ma sphère active, que ce soit dans ma zone d’influence professionnelle (le monde de l’immobilier et de la construction, Envirobat) ou plus largement dans le milieu entrepreneurial (Terres d’EFC Occitanie). Je n’ai pas l’habitude d’intervenir auprès de publics plus divers, et ce fut pour moi une belle surprise d’animer auprès de trois générations représentées.



Heureusement, j’avais la chance de faire binôme avec la super-animatrice Cécile Franzetti, qui avait toutes les cartes en main pour alimenter en ordres de grandeur notre groupe, avide d’informations dans de nombreux domaines !

En effet, presque à l’égal de Tintin, notre groupe allait de 15 à 77 ans (il en était de même pour plusieurs tables autour de nous) : deux adolescents lycéens très engagés, trois adultes actifs, et une retraitée. L’occasion de constater que la lutte pour le climat ne s’aligne pas nécessairement sur un prétendu conflit entre les générations (il n’y a pas que des boomers chez les boomers, même si les conditions du partage de la richesse contribuent bien aux distorsions de prise de conscience entre générations), mais qu’il relève surtout d’un conflit entre des éthiques personnelles divergentes.

Ainsi notre retraitée, militante de longue date du CCFD Terre Solidaire, n’a eu besoin de personne pour faire le lien de longue date entre les désordres sur le climat qu’engendre l’activité humaine (et sa frénésie de captation) et les conséquences sur les populations les plus fragiles du sud. Mais en participant à la Fresque, elle a pu trouver la confirmation qu’elle n’était ni seule ni isolée (« Parce que chez les gens de ma génération, vous comprenez qu’ils ne sont pas nombreux à s’intéresser à ces questions »). Elle a pu renforcer les bases théoriques de son discours et étoffer son articulation logique, pour être plus à même d’échanger et de sensibiliser des publics moins avertis.

Mais elle a été surprise d’apprendre que les lycéens présents, pour leur part très engagés notamment dans leur alimentation (un végan et une végétarienne), se sentaient eux aussi minoritaires dans leur entourage sur les questions qui leur tenaient à cœur. Leur quête portait d’ailleurs sur la possibilité de contextualiser leur engagement déjà précis dans un contexte plus large, pour mieux légitimer leur discours vis-à-vis de leurs entourages.

Quant aux actifs, leur participation était motivée par la recherche d’actions concrètes et plus structurantes à mettre en œuvre, pour dépasser des initiatives personnelles qu’ils jugeaient trop timorées. L’une d’entre eux a parfaitement décrit la phase de tâtonnements dans laquelle elle se trouve, en hésitation permanente entre divers changements plus ou moins impactants, et manquant d’informations précises pour faire les bons arbitrages. C’était donc de l’aide à la décision que cette catégorie d'âge était d’abord venus chercher.

Cette grande mixité des attentes a été enrichissante pour tous : chaque génération a pu voir que les deux autres étaient elles aussi engagées dans des transitions, que ces transitions restaient inabouties, mais que l’apport des expériences de chacune était fertile pour les autres.

Bien sûr, la belle diversité générationnelle ne doit pas masquer la trop forte homogénéité des profils, qu’ils soient socio-culturels ou de niveaux de conscience : le public qui accepte de consacrer une demi-journée de son week-end à La Fresque du Climat en des jours dévolus à la consommation reste un public déjà sensibilisé ! C’est la principale limite que je peux trouver aux fresque grand public, par rapport aux initiatives en milieu professionnel et associatif, où, par le fait de l’obligation plus ou moins formelle et des effets d’entrainement, on a l'opportunité d'embarquer des publics encore en forte résistance au changement.



Au-delà du travail de sensibilisation et de partage d’un référentiel commun que permet la construction collective de la Fresque, la phase de mise en actions nous a permis de travailler une thématique qui m’est chère, celle de la convergence.

En effet, un reproche parfois fait à La Fresque du Climat (et le journaliste Stéphane Foucart, spécialiste de l'environnement, s’en fait légitimement l’écho dans un article du Monde de dimanche) est de rester un outil de sensibilisation, ne contribuant pas assez à la mise en action. A mon humble niveau d’animateur novice, il me semble pourtant qu'elle est tout autant un formidable outil de révélation du Penser Ensemble, dans un monde où nous sommes si habitués à penser seuls. Et une belle machine collective pour dépasser les luttes de chapelles et les revendications en silos : car la division et la concurrence des combats est pain béni pour les partisans de l’inaction climatique !

Pourtant, les radicalités sont indispensables. Elles servent à élargir les espaces de parole, et à rappeler les échelles d’action : Gravité et Urgence ! Mais si, à notre table, le jeune végan Théophile s’était contenté de vouloir rallier tout le monde au véganisme, il courrait à l’échec. C’est en cherchant, comme il a su le faire, le bon niveau d’actions (en l’occurrence la lutte contre la maltraitance animale dans les abattoirs) qu’il a pu embarquer le flexitarien Patrice, et construire avec lui une base d’action. Certes théorique le temps d’une fresque, cette convergence lui montre néanmoins que cela est possible et lui ouvre, en tout cas j’espère y avoir contribué, la voie à une méthodologie d’action dans le monde réel …

A mon sens, La Fresque du Climat témoigne ainsi qu’à rebours des émotions successives et concurrentielles que favorisent le consumérisme et son bras armé, les réseaux sociaux, peuvent se regrouper des intérêts convergents à défaut d’être parfaitement alignées, pour peser sur les décisions collectives.


Un million de convergences (et quelques centaines de plus depuis samedi) pour déclencher les bascules pour le vivant, ça commence à avoir du poids, non ?



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